C’est à partir d’une réalité profond enfouie, d’une densité substantielle des choses et des êtres regardés, vécus, médités que se fonde la noble motion du métier de peintre de Claude Troin Son lyrisme conduit nos yeux puis notre esprit vers des hauteurs – ou des profondeurs ? – d’une densité qui rend son Å“uvre attachante en son plein sens fécond.
Le thème de départ est derechef sublime, transcendé par Ie jeu des métamorphoses secrètes qui se changent en métaphores, et ce thème a l’orée de l’Å“uvre à accomplir varie ainsi en soi-même sans perdre de sa signifiance et se parant peu à peu d’incantatoire magie.
Ce beau peintre des formes et des couleurs qu’est Claude Troin, qui subjugue sa matière, demeure dans Ie seul fait pictural qui serait en sorte la révélation du thème de départ, j’oserai avancer son immanence.
Formes et couleurs chez cet artiste se joignent, se conjuguent, se marient avec superbe afin de nous livrer à l’acmé Ie chant majeur de leurs épousailles.
La peinture allusive de Claude Troin n’est pas sans nous troubler car elle nous donne à deviner qu’elle contient une énigme – comme toutes peinture de race- Âun secret qui la motive. Ce qui en fait la puissance qui nous ouvre a la méditation et peut ainsi nous rapprocher de nous-mêmes.
André Verdet - 2 novembre 2000
Avec l’exposition de Claude Troin, nous referons provisoirement Ie premier cycle cons acre aux artistes de notre région qui méritent amplement une lecture au grand jour. Ce qui fut Ie cas de Salkin, Villeri, Hunold, Dawson, Brandy, ainsi que de la reconstitution du parcours du galeriste Alexandre de la Salle.
Claude Troin est certainement l’artiste Ie plus discret que je connaisse… J’éprouve une grande joie à accueillir Claude, que sa trop grande modestie a mis en retrait de 1’actualite artistique (il n’est à 1’evidence ni mondain, ni carriériste). Avec rapport des études de Paule Stoppa, d’André Verdet et de Jacques Simonelli, accompagnées d’un témoignage amical de Ben, nous avons une meilleure approche de la vie et de l’oeuvre de Claude Troin.
Après sa petite enfance passée a Annot et l’installation de sa famille à Nice, Claude découvre la peinture au marché aux puces (qui etait alors sur les rives du Paillon), en admirant les toiles sensuelles des vieux maîtres inconnus.ÂII est admis en 1954 à l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs de Nice située à I’époque rue Tonduti de l’Escarène. II apprendra son métier dans les ateliers de Bret et de Gambier. Il sait qu’il sera peintre! Claude poursuivra avec passion son dialogue avec la peinture en dehors des mouvements naissants : Nouveau Réalisme, Fluxus, Support-Surface, Art conceptuel… II évitera Ie chemin des avant-gardes, sans être hostile aux nouveautés de son temps (la preuve, il fréquente le magasin de Ben, a quelques mètres des Arts décos, et y rencontre François Fontan, Ie fondateur de 1’Ethnisme). Claude n’aura de cesse que de construire sa peinture en fonction des pulsions de son .cÅ“ur.
À la fin des années 60, il entame dans l’espace artistique un parcours solitaire. Dans son atelier, il tâtonne à l’écart des dogmatismes et des imprécations anti-peinture du débat entre mécanistes et conceptuels. Les titres de ses travaux se font évocateurs : Le bûcher de Montsegur, La bataille. de Muret, Ethnies opprimées, Per un uomoÂet Per un païs,Âpeintures dédiées a Salvador Allende et au Chili. Troin traduit dans sa peinture les soubresauts du monde… Il se lie d’amitié avec Jean-Louis Veyrac, un être rayonnant de savoir et de bon sens qui a parfaitement assimile et prolonge Ie travail de Fontan.
Ce qui me touche chez cet artiste, c’est son humanisme et son amour sans borne pour la peinture.    .
Cette exposition retrace son itinéraire, avec force et conviction. Des toiles réalisées dans différents ateliers, à la Madeleine, à la Gare du Sud et dans son beau village d’Annot, point d’ancrage important pour lui, en témoignent.
Nous sommes heureux et fiers de rendre cet hommage à Claude Troin dans les murs chargés d’histoire du Château de Carros, entre minéral et végétal.
Enfin, nous ne saurions passer sous silence Ie rôle de Robert Pozun et de Jean Queyrel, que nous remercions pour leur aide efficace dans l’élaboration de cette exposition.Â
Frédéric Altmann Directeur du C.I.A.C.
Le langage plastique est si évidemment idoine à transmettre la vision autour de laquelle s’organisent les peintures de Claude Troin, qu’il est de prime abord malaisé d’en parler. Plus profondément, sans doute l’émotion immédiate qui naît au contact de son Å“uvre hautement suggestive excède-t-elle de par sa nature même le propos discursif, participant comme elle le fait de ces expériences extrêmes – la transe, l’extase, la jouissance – où le discours se trouve en suspens, parce que s’y défont les limites du sujet parlant.
Cet excès, en son versant panique, a trouvé chez René Daumal son expression défmitive:
“Les grands anti-soleils noirs, puits de vérité dans la trame essentielle, dans le voile gris du ciel courbe, vont et viennent et s’aspirent l’un l’autre, et les hommes les nomment ABSENCES. “
Mais l’expérience de la rupture des limites subjectives et de la dissolution de l’ego dans les forces mystérieuses de la nature originelle peut, par la médiation de l’image, se muer en extase maîtrisée, où son entropie négative se révèle susceptible d’un renversement de signe. Telle est la fonction que Nietzsche assignait à l’art.
Que la lecture de Wilhelm Reich, ce grand rebelle mort dans un pénitencier de la puritaine et marchande Amérique pour avoir reconnu la cause sociale des névroses et affirmé l’unité fondamentale du vivant, ait eu un rôle majeur dans l’assimilation et l’expression par Claude Troin d’une intime et bouleversante révéÂlation, cela est sûr. Mais – telle est du moins mon intuition – l’expérience initiale de ce peintre s’enracine en son enfance vécue dans le sauvage paysage premier d’Annot; elle s’y est nourrie des forces telluriques puissantes que manifestent en les figeant les vertigineuses falaises de grès, du fracas des eaux printanières de la Vaïre, du long grondement du vent dans les mélèzes, des nuages bas, électriques, noyant soudain la forêt.
L’ orgone, ce courant cosmique fécondant que Reich décrit comme une forme d’énergie émise par le soleil et animant les trois règnes naturels, semble bien n’être qu’une désignation moderne de ce que les alchimistes nomment l’esprit universel, fluide lumineux issu de l’espace et dont les gravures du Mutus Liber montrent le bénéfique déploiement.
Pour ouverte qu’elle soit à l’aspect cosmique de cette énergie (que Reich nomme l’orgone atmosphérique), l’Å“uvre de Claude Troin ne s’ancre pas moins dans les profondeurs du règne minéral.
Une matière dense, comme compactée sous la pression des strates géologiques, s’y revêt des teintes- rougeoyantes des terres argileuses, des blancs bleutés de kaolins onctueux, des beiges et des gris de l’odorante terre à foulon.
Loin d’être statique, le minéral est toujours ici le lieu d’une pression, d’un élan que décrivent les figures récurrentes de la voûte, de l’ogive, du pilier. L’énergie le façonne; bloc cristallin ou pierre de foudre, la lumière le pénètre, cette lumière qui est la forme visible de l’influx cosmique présidant aux synthèses végétales et s’épanouissant dans le sujet vivant.
Claude Troin prend cet influx libérateur aux réseaux d’un dessin vigoureux, et confie à la couleur, qui est lumière, le rayonnement de son expansion.
En accueillant cette énergie, dont l’une des perceptions possibles s’offre dans l’attraction sexuelle, l’homme se libère des cuirasses dont l’avaient affublé les conditionnements sociaux et psychologiques d’une société névrotique. Comme dans la belle série des Ocres rouges, ce qui semblait carapace morte et rigide se revêt des prestiges de la chair, le principe de plaisir magnétise la Suite amoureuse, et l’Être se manifeste à travers l’instance du corps.
Jacques Simonelli
Les toiles monumentales de Claude Troin, on, et le peintre lui-même, les porte à bout de bras, les adosse aux murs du Château de Carros, aux parois des couloirs, au pied de la table sur laquelle fume le café, parfois au premier étage, au haut de l’escalier, parfois dans la salle où Jacques Godard le photographe a placé ses boîtes à lumière, où il s’active avec le peintre, pour qu’apparaisse et s’impose, avec sa densité physique, son poids de vie, sa matérielle présence, cette monumentale toile-là : l’hommage à Jordi Ventura, où d’entre les gris, les blancs, les noirs, les quatre coins de cet espace, s’avance et se déploie, carrée, bombée, coiffée de noir, astre, parchemin nu, coussin d’espoir, de prodigieuse attente, une lumière orange au centre du tableau. Sa fécondité ne laisse aucun doute.
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Claude Troin, au cours de sa formation de peintre et de sculpteur, – il faut dit Rebeyrolle, 15 ans pour faire un peintre – rencontra ceux qui devaient Hl’ ouvrir” à I ‘histoire du monde en marche, le conduire à cette intention politique sans laquelle (l) nul créateur ne saurait se dépasser, sans laquelle toute technique, si sûre qu’elle soit, ne peut aller qu’au bout d’elle-même, en particulier dans les arts plastiques. Jordi Ventura, qu’il rencontra en 1962, à Nice, écrivain et historien catalan, promoteur de la renaissance politique et culturelle de la Catalogne, fut de ceux-là . Comme cet autre, François, Fontan, fondateur de 1 “‘Ethnisme”, un humanisme scientifique. La géographie humaine qu’il étudia des années durant, ses travaux sur l’identification des peuples soumis aux impérialismes, l’engagèrent non seulement à dénoncer la colonisation mais aussi à rechercher ces critères selon lesquels un peuple se différencie d’un autre, se reconnaît. Parmi eux, la langue. “Etudiant et connaissant la culture, écrit-il, il n’y a qu’un point d’appui : la langue”. Claude Troin pratique sur la toile cet éloge de la différence, ces engagements qu’il a fait siens. Une grande toile, en 1966, intègre à l’espace pictural des textes de François Fontan : y prend place, par collages, une répartition des peuples du monde selon leurs critères linguistiques, répartition toujours en vigueur aujourd’hui. Et non sans rapport avec les essais d’intégration de l’écriture dans la peinture qu’avec ses amis, Marcel Alocco, Serge Oldenburg, Ben Vautier, etc … il poursuit depuis 1962. Ben, – son magasin, rue Tonduti de l’Escarène à Nice est lieu de rencontres et de fermentation – surgit un jour dans l’atelier du peintre, installé depuis 1986 à la Gare du Sud, un espace immense : sur la toile (qu’on peut voir au château de Carros) les vibrations de la lumière à travers les parois de verre, à gauche une ornementation sauvage, et cette plage blanche sur laquelle Ben jette son dévolu : « on ne peut, y écrit-il, séparer la culture de la langue, la langue de l’espace autour. L’espace de la mémoire, la mémoire de la vie, la vie de la mort”.
“L’intention politique” est donc là , grosse de son vouloir, de son exigence de liberté, de son pouvoir révolutionnaire. Le peintre ne s’en est jamais départi. Ce n’est pas hasard s’il choisit de rendre hommage au poète Antonin Artaud. Un aventurier de l’esprit, un qui tenta d’atteindre, dépouillant le vieil homme au péril de sa vie, un état primitif, l’être dans son incohérence première, cet envers des pensées où triomphent l’absurde et le dérisoire. Un homme en rupture, qui refuse jusqu’à la folie la falsification, le détournement de soi qu’infligent aux humains, certaines formes de société. “Ce qu’on fait de vous, hommes, femmes/O pierres tendres tôt usées” (2). Alors, Claude Troin peint “La Naissance de Venus”, hommage à Antonin Artaud, On touche de l’œil la trame de la toile, la forme qu’on devine qui se distingue à peine de la matière, du mouvement de la matière, mêmes couleurs de bruns, de gris, même éclairage de l’origine. L’être, Venus, hors ou presque la spirale tourbillonnante, “il s’en envole, écrit Artaud, un grand oiseau blanc, comme du sperme qui se visse en tournant dans l’air … ” ( 3). Ce thème, inspiré par le reportage du poète chez les indiens Tarahumaras d’Amérique centrale, réapparaît avec “La danse du peyotl”, une plante du Mexique qui provoque des hallucinations et qu’absorbent les membres de cette communauté lors de leurs manifestations culturelles. Bien qu’interdite, on l’autorisa, en faveur du voyageur, grâce (?) à lui. Voici l’être en apesanteur dans le vertige des sphères, le rouge et blanc et ocre tournoiement, la sphère, la tête, la plante les confond, qui dessine sa verticale de tige, de feuilles, qui recrée, courbes douces des nuages, des corps, l’osmose salvatrice de l’homme et du monde, de l’homme avec la matière mère.
Mais devenue charnelle, cette matière, esprit et corps aptes au plaisir, à la douleur, tout occupés de se connaître, livrés qu’ils sont à la fascination de la vie et de la mort. En 1997, une toile monumentale, (260 sur 160), une grisaille, un jeu de fusain et de lavis, “Le Linceul”, fortement contrastée, noir du fusain, gestes où s’accrochent quelques aspérités de lumière, blanc cassé, bleuté, ocré, de l’oblique implacable qui traverse la toile, et s’enfonce bien au-delà des bords du tableau. Inexorable est la loi. Sans concession la rigueur du peintre : c’est un lieu vidé “de la chaleur d’entrailles de la vie”. Bien d’autres Å“uvres, “La crypte de Saint Victor”, ou “La manche à crevés de Saint Christophe”, rappellent que ce peintre est aussi un sculpteur … Et ce vêtement sacerdotal, au hasard posé au travers de la toile, devant un placard dont le contenu dégringole. TI trône, il se construit dans la lumière. “Accumulateur d’Energie”, c’est le titre : une grisaille, de fusain et de craies, des stries noires, des stries grises, l’un des chemins du peintre vers l’essence des choses.
Un autre d’entre eux, mais non le moindre, passe par les travaux du Docteur Wilhelm Reich, élève de Freud, et son disciple. Mais disciple critique. Bien au-delà des notions de bien et de mal, des peurs et des angoisses, des blocages qu’elles engendrent, des libertés “naturelles” qu’elles aliènent, au-delà des pulsions de mort, il yale principe de plaisir, une force, dit W. Reich que chaque individu possède, Une force qui le nourrit et que pourtant dévoient certaines formes de société. Cette force, cette énergie, présente aussi bien dans l’organisme humain que dans le rayonnement solaire, et “capable de charger les substances mauvaises conductrices … je l’appelai, dit W. Reich, Orgone.”
Il construisit pour la capter et en démontrer l’existence, un appareil, des caissons, susceptibles de recueillir, à partir de matières organiques, cette énergie bioélectrique. L’énergie de l’orgone est bleue ou gris bleu, on peut le rendre visible lit-on (4). Au cours des années 78/79, Claude Troin construisit un caisson métallique, l’accumulateur d’énergie cité plus haut. Puis le peignit. Comme en suspens : ”brouillard gris bleu, points d’un bleu violet profond, points et lignes blanchâtres qui se meuvent rapidement”, telles sont les radiations de l’orgone atmosphérique. Tel est le “Schéma Wilhelm Reich”. Et ce piège aérien, transparent et sensible qu’aussi bien on reconnaîtrait, fermant sur soi les yeux … ce tableau du peintre. Un autre, monumental, 342 sur 388, une huile sur toile de 1979, “Nature et Cosmos”, composée de 6 panneaux -les bleus y prédominent, l’orgone cosmique, énergie solaire, mouvement universel de la vie, les traverse, les sillonne … – est dédiée à Wilhelm Reich, mort en 1957, dans un pénitencier des Etats-Unis. Un dissident…
Un dissident, un psychiatre, que ses recherches sur la “fonction de l’orgasme” conduisirent, non seulement à étudier, dénoncer et soigner les effets pervers des interdits sociaux, le refoulement du désir, la condamnation du plaisir, mais à revendiquer, pour l’humanité, “le rétablissement des lois naturelles de la vie d’amour … , l’unité de la nature et de la culture”. Durant des millénaires, l’humanité, forcée d’agir contrairement à sa loi biologique fondamentale, “a de la sorte acquis une seconde nature … ou plutôt, une contre-nature” écrit-il. Pas de hasard, donc, si la série flamboyante des 5 toiles que peignit Claude Troin en 1998, est par lui nommée “Cuirasse”. Cuirasse, armure, seconde peau peut-être, par le sujet lui-même élaborée à son insu, entre lui-même et ses désirs, lui-même et les tentations interdites du monde. Elles sont de feu, elles sont de flamme, ocres rouges, orangés ; jaunes, pulsions captives, tensions mal retenues, d’incertaines limites que la lumière ronge, une lumière solaire, l’énergie de l’orgone, le pinceau la capte, d’elle naissent, sur fond noir, ces volumes cylindriques, ces cuirasses, peuplées d’attente, de vitale exigence, émouvantes dans leur matérialité picturale qui les fait promesse et revendication du bonheur.
Point de bonheur, sans le plaisir, sans le désir, “la grande force”. “Suite amoureuse” englobe cinq Å“uvres, une détrempe, et quatre huiles sur toile, datées 1999 et 2000. Leur thème, pour ces dernières : les mouvements d’un sexe d’homme, animé par ce que Wilhelm Reich nomme, dans son étude de la sexualité, “l’énergie bioélectrique”, l’orgone toujours. Le processus du plaisir sexuel est dit .. il, le processus de la vie … c’est un fait, prouvé expérimentalement. Du côté de la vie, en contrepoint de cette évanescente forme féminine blanche, éthérée, presque diluée dans l’espace, semblant de nombril, semblant d’aile, .. “L’Ange” .. , du côté de la vie, la mise en scène d’un phallus en expansion. Il n’est d’aucun corps visible. fi occupe à lui seul l’univers de la toile, ocre gris, ocre beige, souverainement charnel, impérativement présent, offert sur fond bleu de nuit, (Suite Amoureuse 2) ou blanche diagonale en érection, en “décharge” (dirait W.Reich), sur fond noir, (Suite Amoureuse 3). C’est d’innocence qu’on pourrait parler ici, de sa force, celle qui conduit le peintre à retrouver, signifier, transcrire, la vérité perdue, “l’essence des choses”.
Et juste est le jeu qui s’achève sous le signe de Saint-John Perse, avec ce titre à lui emprunté, “Grand âge”. Grand âge nous voici, dit le poète. Dit le peintre. Plus sombres, ces toiles, le noir, le marron l’emportent, des flammèches violacées qu’un vent oblique assiège, qui les incline, qui les pousse, et avec elles, d’un même élan, la forme oblongue, – urne peut-être, cendres déjà – prise au piège et qui se consume .. Jeu, aussi, cette “Réponse à Courbet”, peintre révolutionnaire en art comme en politique, partisan du réalisme, d’une approche plus simple et directe de la nature. Il peignit en 1849, “Les Casseurs de Pierres”. Il fit scandale. Claude Troin, en réponse, en hommage, peint un sexe d’homme que rougit une goutte de sang, qui se détache du noir profond qui l’environne. Par lui s’effectue le passage de l’ombre à la lumière, du haut vers le bas. Un parcours visuel dont la signification philosophique renvoie aux travaux de Wilhelm Reich, à son combat pour la liberté, pour l’harmonie si nécessaire au bonheur des hommes, qu’il faut construire, recréer, entre Nature et Culture. Voici le titre d’une toile de 1998, une huile. Se rejoignent, y fusionnent, animés par l’énergie de “l’orgone”, les plantes, les pierres, la terre et le ciel, la matière et l’homme, sur fond de bleu sérénissime.
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Car ce qui frappe dans cette Å“uvre, c’est son extraordinaire unité, la synthèse constante, rigoureuse, et féconde, de l’intention politique et de la technique, des circonstances et des procédés, des choix de vie et de leur écriture plastique. Il en naît, une fois passée au filtre de l’émotion critique, dit Claude Troin, cette accumulation de savoirs, d’impressions, de sensations, d’idées, (qu’il rassemble, dans ce cahier où voisinent poèmes, citations, esquisses, dessins), il en naît, d’entre ces mains de peintre, si lisses, et que le temps n’altère jamais, l’œuvre peint et combien nécessaire, qui peuplera, pour notre plaisir, notre gouverne, à Carros, les murs du Centre International d’ Art Contemporain.
1) Sartre; CÅ“xistences. Catalogue Rebeyrolle, galerie Maeght, 1970.
2)Aragon.
3)Antonin Artaud; L’ombilic des limbes.
4)Wilhelm Reich; La fonction de l’orgasme.
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Paule Stoppa
La masse s’élève puis percute le rocher, s’élève à nouveau et retombe.
La pierre vibre.
S’élève et retombe jusqu’à ce que le rocher s’entrouvre.
Puis il faut le débiter, tailler en blocs réguliers.
Il peut alors dresser le mur …
L’arbre abattu, élagué, équarri
deviendra poutre.
Ainsi comme le fit son grand-père
comme le firent les bâtisseurs
de cathédrales,
comme le firent les romains et
tous les humains avant eux.
Mais quel rapport avec sa peinture?…
Tout.
Car c’est dans la Nature qu’il a accompli son initiation,
car c’est dans la Nature que naît la poésie
car c’est de cette dépense d’énergie qu’il puise sa force
créatrice. Peinture minérale et végétale.
Cette courbe évoque une cuisse,
Cette fente un sexe, ce cercle un sein.
Evocation pudique de la femme qui
règne et règnera toujours sur
les poètes.
Robert Pozun
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